Les champs de sorgho rouge s’étendant à l’horizon sont une scène commune dans les montagnes pittoresques de l’est de l’Éthiopie. Les agriculteurs attachent ensemble cinq hautes tiges de sorgho,voire plus, afin qu’elles se soutiennent mutuellement, et les graines rouges au sommet de la plante deviennent plus lourdes à mesure que la plante mûrit. Le sorgho est un aliment de base qui est important pour des millions d’Éthiopiens, et il est cultivé partout dans la région entourant Dire Dawa, à 350 kilomètres au nord-est de la capitale, Addis-Abeba.
Dadi Yadete est un agriculteur de 72 ans originaire du village de Thefebanti. Il y a trois ans, il a pris des risques et a commencé à cultiver des pommes, un fruit qu’il ne connaissait pas très bien. Hésitant et douteux au premier abord, il a planté seulement 12 arbres. Mais l’expérience a porté ses fruits. Les pommes poussent bien dans le climat tempéré des hauts-plateaux de l’Éthiopie.
M. Yadete, qui a deux épouses et neuf enfants, a maintenant 70 pommiers qui fleurissent sur sa parcelle d’un demi-hectare, ainsi qu’un grand avocatier. Il cultive aussi quelques caféiers, de l’orge, des patates douces, des poivrons verts et des piments forts de couleur rouge vif.
« La vie était très difficile quand j’essayais de cultiver du maïs et de l’orge », explique M. Yadete. « Je ne produisais rien et je recevais de l’aide alimentaire. Maintenant je n’ai plus besoin d’aide alimentaire. » Il gagne environ 600$ grâce à la vente de ses pommes. Il possède également quatre vaches et deux bœufs. Cela fait de lui un homme relativement riche.
D’autres dans son village, qui compte environ 200 foyers, ont aussi prospéré en vendant des pommes et en faisant pousser des semis. À quelques pas de la concession de M. Yadete, un groupe d’ouvrières de la pépinière remplissent des pots avec de la terre et du compost. Un marché régulier se trouve à proximité de la route principale, donnant un avantage à ce village, comparativement aux villages reculés situés plus haut dans les montagnes.
M. Yadete et ses concitoyens sont les bénéficiaires de Meret (du mot amharique qui signifie « terre »), un programme conjointement administré par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et le gouvernement éthiopien. Meret a été lancé en réponse aux crises alimentaires des années 1970. Il a pour objectif d’aider les communautés souffrant d’insécurité alimentaire chronique. Le PAM fournit des vivres à chaque participant: trois kilogrammes de céréales pour chaque jour de travail.
La pression démographique a conduit à la surexploitation des ressources naturelles, dans les hautes terres de l’Éthiopie. Des arbres ont été coupés, et par conséquent, l’eau s’écoule le long des terrains en pente, au lieu d’être retenue dans le sol. Dans certaines parties de la région, les terrasses sont complètement à sec et le sorgho à l’air rabougri. Meret offre également des conseils techniques aux agriculteurs sur le reboisement des coteaux arides et sur la construction et la rénovation des terrasses.
Les employés de Meret parlent aux paysans, discutent de leurs problèmes et les aident à déterminer les mesures qu’ils doivent prendre. Dans le cadre de Meret, M. Yadete et ses collègues agriculteurs ont accepté de cesser les activités agricoles et le pâturage au sommet de la montagne de leur village, pendant deux ans. Ils y ont planté des arbres, construit ou réparé des terrasses, et ont installé sur les pentes des mini-barrières à eau fabriquées à partir de pierres et de terre. Tout cela aide à retenir l’eau et à prendre soin de la terre.
L’Éthiopie dédie 17 % de son budget national à l’agriculture, bien plus que les 10 % sur lesquels les gouvernements africains s’étaient entendus. Les plans ambitieux de croissance et de transformation de l’Éthiopie exigent que la production de cultures importantes passe à près de 40 millions de tonnes d’ici 2015, ce qui est plus du double de la production actuelle.
Malgré la dépendance de l’Éthiopie vis-à-vis des eaux pluviales, certains experts agricoles ne voient pas pourquoi l’Éthiopie ne pourrait pas être le grenier de l’Afrique. « Tant qu’on peut contrôler l’eau, on peut cultiver ce qu’on veut », explique un investisseur privé qui loue des terres pour ses vaches laitières.
Bien que les responsables gouvernementaux et d’autres experts soient aux prises avec des questions d’ordre politique à Addis Abeba, M. Yadete fait ce qu’il peut pour l’agriculture éthiopienne, en cultivant ses pommes. Malgré le fait qu’il a réussi à produire avec succès un fruit qu’il n’avait jamais goûté il y a seulement trois ans, sa femme et lui ne mangent pratiquement pas de pommes. Il dit que les pommes ont le même goût que les bananes. « Je ne mange pas les pommes », dit-il. « Mais, chaque fois que je les vois, je vois de l’argent. »