Le développement des organisations de coton au Mali: de l’association villageoise à la coopérative
Date publiée: 20 avril 2009
Beaucoup d’agriculteurs à travers l’Afrique ont découvert les avantages du travail coopératif. Au Mali, les producteurs de coton travaillent au sein de coopératives afin de partager des informations utiles, d’avoir accès au crédit et d’améliorer les possibilités de commercialisation. Ce texte fournit des détails sur la façon dont les coopératives de coton maliennes se sont formées et comment elles fonctionnent.
Ce texte radiophonique, ainsi que d’autres textes sur le travail agricole, ont été généreusement soutenus par le Fonds de justice sociale des travailleurs canadiens de l’automobile. Les autres textes radiophoniques sont disponibles en ligne :
- Nouvelles des marchés de MEGA FM
http://farmradio.org/francais/radio-scripts/83-3script_fr.asp
- Annonces radio : Protégez votre santé et la collectivité contre les pesticides et les engrais agricoles
http://farmradio.org/francais/radio-scripts/83-4script_fr.asp
- Seeing the difference : Un projet rend l’agriculture plus attrayante en améliorant les méthodes et les revenus agricoles http://farmradio.org/francais/radio-scripts/83-5script_fr.asp
- Le travail agricole coopératif : de nombreuses mains facilitent le travail
http://farmradio.org/francais/radio-scripts/83-6script_fr.asp
- Former une coopérative d’agriculteurs efficace
http://farmradio.org/francais/radio-scripts/83-7script_fr.asp
- Les coopératives d’agriculteurs aident les agriculteurs zambiens à survivre et à prospérer
http://farmradio.org/francais/radio-scripts/83-8script_fr.asp
- La gestion financière pour les petits exploitants agricoles
http://farmradio.org/francais/radio-scripts/83-10script_fr.asp
- Sekedo, un sorgho résistant à la sécheresse pour Karamoja
http://www.farmradio.org/francais/radio-scripts/84-1script_fr.asp
- Les patates douces oranges
http://www.farmradio.org/francais/radio-scripts/86-12script_fr.asp
Notes au radiodiffuseur
La culture du coton, qui est coordonnée par la Compagnie Malienne de Développement des Textiles (CMDT), couvre une superficie de plus de 130 000 km2 s’étendant sur toute la partie sud du Mali. Elle regroupe plus de 6 000 villages et plus de trois millions d’habitants, soit plus du quart de la population du pays. La culture et la commercialisation du coton, qui sont gérées par la CMDT, constituent un volet important de l’agriculture malienne. Cependant, la faiblesse de l’industrie locale de transformation des textiles provoque l’exportation de la plupart du coton malien sous forme de fibres brutes.
En 1974, année de création de la CMDT, les producteurs maliens de coton ont commencé à s’organiser pour prendre en charge leur propre destinée. Avec l’appui de la CMDT, ils ont fixé des objectifs afin d’accroître les rendements de coton et d’encourager la participation des agriculteurs à tous les paliers de la chaîne d’approvisionnement en coton. Il s’agissait de faire participer davantage les producteurs de coton à l’élaboration des plans agricoles saisonniers et à la gestion du crédit agricole, en renforçant la confiance et la collaboration entre eux et la CMDT et en transférant certaines compétences techniques aux producteurs.
Grâce à leur implication dans des programmes d’alphabétisation initiés par la CMDT à l’intention des agriculteurs, les responsables villageois ont proposé la création d’Associations villageoises afin d’avoir un seul interlocuteur face à leurs partenaires de la CMDT.
Les Associations villageoises commencèrent à assumer certaines fonctions qui étaient autrefois réservées aux agents techniques de la CMDT. Il s’agissait, entre autres, du recensement des superficies culturales, de l’approvisionnement des cultivateurs en semences et en intrants de production, de la gestion du crédit agricole et aussi de la commercialisation des produits et de l’alphabétisation des agriculteurs.
En 2000, la quasi totalité des 6 000 villages de la zone de culture du coton avaient leur Association villageoise. À cette époque, les Associations villageoises traversaient une crise de croissance semblable à celle de l’industrie du coton. Il fallait une nouvelle organisation paysanne plus souple et dotée de son propre statut juridique. Ce changement s’est effectué en deux étapes : tout d’abord la création des associations de producteurs de coton et ensuite la création des coopératives de producteurs de coton. Le présent texte radiophonique montre cette transformation et illustre les avantages de ces changements pour les producteurs de coton maliens.
Ce texte est un mini-feuilleton, reposant sur des informations recueillies et sur des entrevues réalisées au Mali. Les personnages ne représentent donc pas de vraies personnes, mais sont simplement des personnages d’un feuilleton. Vous pouvez choisir de présenter ce feuilleton tel quel, en expliquant que les informations proviennent du Mali. Après avoir diffusé ce mini-feuilleton, un agriculteur local ou un expert en coopératives pourrait parler des groupes de coopératives d’agriculteurs dans votre secteur local et de la réglementation nationale concernant ces groupes. Ou bien, vous pourriez tout simplement utiliser ce texte comme point de départ pour rédiger un texte sur les coopératives d’agriculteurs dans votre région.
Montée de l’indicatif musical, puis fondu enchaîné
Animateur : Bonjour chers auditeurs et auditrices et bienvenue à votre émission [insérez le titre de l’émission]. Aujourd’hui, nous présentons un feuilleton radiophonique réalisé et produit par l’Association pour le Développement Actif et Participatif du Mali, ou ADAP, qui explique tout ce qu’il faut savoir sur les coopératives de coton au Mali. (Pause) L’histoire se déroule à Signè, un petit village situé à environ 20 kilomètres de la ville de Koutiala, dans la région de Sikasso, au sud du Mali. Un homme du nom de Baba, personnalité assez influente de Signè, membre d’une société coopérative de producteurs de coton, va très souvent en ville avec sa moto. Il a été contacté par Moussa, leader d’un village voisin. À cause des rumeurs, Moussa est confus et veut mieux comprendre le fonctionnement d’une coopérative. Par exemple, quelle est la différence avec l’association villageoise connue de tous?
Bruits du village – conversations, roulements de véhicules, bruits de bovins et d’autres animaux. Fondu enchaîné sous le dialogue. Le bruit d’une moto monte, dure quelques secondes, puis disparaît quand le moteur s’arrête.
Moussa : Baba, i ni sogoma (Bonjour Baba).
Baba : Umbaaa!!!!, Musa ini sogoma (Merci. Bonjour, Moussa).
Moussa : Baba, expliquez-moi quelque chose. J’ai appris que vous avez quitté l’Association villageoise pour créer une coopérative. C’est quoi tout ça?
Baba : Personne ne connaît mieux que les petits producteurs de coton les problèmes concernant la culture, la vente et la transformation du coton. Te rappelles-tu de l’atelier sur les Associations villageoises qui s’est tenu à Ségou en décembre 1998? Les participants ont incité les agriculteurs des zones de culture du coton à se recentrer sur le but de l’Association villageoise qui vise à améliorer la production et à s’inspirer du modèle de l’Association villageoise, tout en apportant plus de professionnalisme et d’autonomie aux groupes. Nous ici, à Signè, après plusieurs réunions, nous avons décidé de créer une coopérative. Je ne suis pas seul. Tous les producteurs de coton de notre Association villageoise se sont regroupés pour créer cette coopérative de producteurs de coton et de cultures vivrières.
Moussa : Pouvez-vous m’expliquer un peu plus?
Baba : Bien sûr. Je commence par te rassurer que nous, membres de la nouvelle coopérative, sommes tous des producteurs de coton venant des Associations villageoises. La seule différence, c’est que nous avons créé une meilleure relation avec les agriculteurs qui font pousser d’autres cultures vivrières comme le maïs, le mil et le sorgho, en plus du coton. Par suite des problèmes rencontrés dans les Associations villageoises, nous avons décidé de créer notre propre organisation qu’est cette coopérative.
Moussa : Combien de producteurs de coton peuvent donc s’unir pour créer une coopérative de producteurs de coton ?
Baba : Vous avez juridiquement le droit de créer une coopérative à partir de cinq membres, mais plus une société coopérative a de membres, plus elle est forte. Dans certaines localités, tous les membres d’une Association villageoise se sont regroupés au sein d’une seule coopérative car, selon l’adage « kono kulu jèlen de bè bii fo », c’est l’union qui fait la force!
Moussa : Quelles sont les étapes à suivre pour créer une société coopérative de producteurs de coton?
Baba : C’est très facile. Il s’agit de tenir une assemblée générale des membres de la coopérative pour approuver les statuts et le règlement intérieur, élire les instances de gestion et faire enregistrer la coopérative auprès des autorités. La création d’une coopérative est gratuite. Pour appartenir à une coopérative, il faut être de nationalité malienne, s’accorder sur les principes de gestion, partager la même vision et définir une stratégie décisionnelle basée sur le consensus et la pleine participation.
Moussa : Cela ne semble pas difficile. Quoi d’autre?
Baba : Chaque membre doit acheter une part de la coopérative. Cela permet de constituer le capital de la coopérative. Les membres d’une coopérative doivent être du même village. Elle peut être composée seulement d’hommes ou seulement de femmes ou être mixte. Après avoir élaboré et adopté les statuts et le règlement intérieur lors d’une assemblée générale, ces documents doivent être envoyés aux autorités. Ces dernières vérifient qu’ils sont conformes aux exigences légales et délivrent ensuite un agrément à la coopérative.
Moussa : Dites-moi Baba, comment fonctionne votre société coopérative?
Baba : Une société coopérative fonctionne à travers une instance de gestion appelée Conseil d’administration et une instance de surveillance appelée Comité de surveillance. Les membres de ces instances rendent compte à l’assemblée générale annuelle en produisant un rapport moral et un rapport financier certifié.
Moussa : Parfait, cela me semble assez clair. Quels sont les avantages pour les producteurs d’être membres d’une société coopérative?
Baba : Les avantages sont nombreux. Tout d’abord, la société coopérative peut faire appel à divers experts pour aider ses membres à bénéficier d’informations pertinentes et d’un appui-conseil. Les coopératives peuvent appuyer et conseiller leurs membres auprès des partenaires techniques et financiers, y compris garantir des prêts pour eux avec les banques. Les sociétés coopératives facilitent aussi l’accès de leurs membres au crédit agricole, les aident à acheter des intrants et du matériel agricoles, assurent la collecte et la commercialisation des semences de coton et offrent une formation en alphabétisation. Les producteurs de coton sont maintenant membres à part entière du secteur du coton au Mali.
Moussa : Ah! Baba, les coopératives présentent des avantages, mais il me semble que leur constitution est compliquée.
Baba : Ne t’en fais pas, il y a des ONG qui peuvent vous appuyer pour constituer votre coopérative.
Moussa : Lesquelles?
Baba : Nous avons bénéficié de l’appui de l’ADAP ou l’Association pour le Développement Actif et Participatif, dont voici les coordonnées : ONG ADAP : Tél/Fax : (00223)20640 828 – courriel : ongadap@yahoo.fr – Quartier Darsalan II – Rue 336 Porte 46 – Carré Gautier sur la route de Ségou. Elle est basée à Koutiala. Ses agents viennent plusieurs fois par mois chez nous, ici à Signè. Peut-être qu’avec un peu de chance tu en rencontreras un aujourd’hui, car on a annoncé ce matin à la radio de Koutiala que le grand responsable de l’ADAP doit venir ce jour.
Moussa : Je vais donc l’attendre.
Baba : D’ici là , allons chez moi écouter la radio.
Montée de bruits du village et fondu enchaîné
Musique
Animateur : C’est ainsi que fonctionnent les coopératives de producteurs de coton au Mali. Avez-vous des sociétés coopératives dans votre région? Quelle différence y-a-t-il avec celles du Mali ? Faites parvenir vos réactions à (Note du rédacteur : les radiodiffuseurs devraient insérer ici les coordonnées des organismes pertinents dans leur région). À la prochaine.
Remerciements
Rédaction : M. Boureima Guindo, président de l’Association pour le Développement Actif et Participatif ou ADAP (ONG).
Rédaction de les notes au radiodiffuseur et de la section « Complément d’information » : Mme Tata Coulibaly, responsable du Service Appui aux Organisations Paysannes de la CMDT, et Modibo G. Coulibaly, coordonnateur national de la recherche pour l’Initiative de recherche sur les radios rurales en Afrique (IRRRA) au Mali.
Révision : Mme Tata Coulibaly.
Complément d’information
L’Association pour le Développement Actif et Participatif (ADAP) est un organisme de développement au Mali qui vise à améliorer la vie des populations rurales en les aidant à former des organisations ou des groupements d’intérêt, à rétablir leur auto-estime, à les appuyer dans le choix des métiers souhaités, à mieux gérer leurs activités et à contribuer au financement de projets de développement pour l’ensemble de la communauté. C’est forte de cette expérience qu’elle a été mandatée par le Programme d’Amélioration des Systèmes d’Exploitation en zones cotonnières (PASE) pour aider les agriculteurs de la région de Koutiala à s’organiser en sociétés coopératives de producteurs de coton. Parmi les autres stratégies, l’ADAP a eu recours localement à des pièces de théâtre pour contribuer à informer les agriculteurs au sujet des coopératives.
La Compagnie Malienne de Développement des Textiles (CMDT) est chargée de gérer la filière de production cotonnière du Mali, dont le capital de 32,5 milliards de francs CFA est détenu à 60 % par l’État malien et à 40 % par un partenaire français.
La CMDT assure plusieurs missions : donner des conseils agricoles aux producteurs de coton; récolter, commercialiser et égrener le coton graine; et superviser la vente de la fibre de coton aux industries textiles maliennes et à l’exportation.
Elle est organisée en plusieurs départements, dont le Service chargé de l’appui aux organisations paysannes dans la zone de la CMDT. À travers ce département, la CMDT a aidé les agriculteurs à s’organiser en Associations villageoises. Par suite de la relation dynamique entre les organisations paysannes et la CMDT, le premier médecin de campagne est arrivé à N’Tossoni. Cette initiative a amorcé la création des centres de santé communautaire au Mali.
D’autres résultats du partenariat entre la CMDT et les organisations paysannes englobent la formation technique et la mécanisation des producteurs et des productrices, l’alphabétisation, la gestion des terroirs villageois, l’amélioration du cadre de vie des communautés rurales, des projets spécifiques pour les femmes et la prise en compte des femmes dans tous les programmes et projets de développement. Cependant, de graves crises sociales apparaissent dans les Associations villageoises. La CMDT a amorcé des ateliers et des études afin d’identifier ces crises. En décembre 1998, ceci a abouti à Ségou à un atelier sur les Associations villageoises afin d’identifier et d’analyser les problèmes.
Le rapport de cet atelier a défini plusieurs problèmes majeurs, notamment :
- le vide juridique et le manque de procédures de réglementation appropriées;
- les faiblesses techniques relatives au mauvais fonctionnement des relais villageois;
- la concentration des pouvoirs de l’Association villageoise aux mains d’une minorité;
- l’ambiguïté des objectifs et des missions de l’Association villageoise;
- l’implication de certains agents très zélés de la CMDT dans la gestion des activités des Associations villageoises;
- l’octroi anarchique du crédit ; et
- le surendettement des producteurs.
Les premières associations de producteurs de coton ont vu le jour dans les années 2001-2002. Ces structures pré-coopératives ont vite été remplacées par les sociétés coopératives de producteurs de coton. En mars 2007, il y avait, dans la zone de la CMDT, 6 176 coopératives de producteurs de coton et 225 Associations villageoises.
Les objectifs les plus importants assignés aux sociétés coopératives par leurs membres sont les suivants :
- promouvoir de façon durable et intensive la production du coton et veiller aux intérêts des membres;
- promouvoir l’accès au crédit agricole pour leurs membres;
- faciliter l’achat des intrants agricoles et assurer la collecte et la commercialisation des semences et des récoltes de coton;
- promouvoir l’alphabétisation et la formation professionnelle de leurs membres.
En mars 2007, l’État malien a transféré la compétence en matière d’approvisionnement en intrants coton, céréales et équipements à l’Union Nationale des Sociétés Coopératives de Producteurs de Coton (UN-SCPC). Cet organisme-cadre national représente les producteurs de coton au sein de l’interprofession du Coton.
En octobre 2008, les producteurs de coton, sous la houlette de l’UN-SCPC, ont tenu un forum national sur l’amélioration de la production cotonnière au Mali. Les producteurs espèrent que les recommandations exprimées et les engagements pris permettront de redonner au Mali sa place de grand producteur de coton en Afrique.
Des remerciements particuliers sont adressés au Fonds de justice sociale du Syndicat des travailleurs et travailleuses canadiens de l’automobile (TCA) pour son appui à la production de ce texte.
Programme entrepris avec l’appui financier du gouvernement du Canada fourni par le biais de l’Agence canadienne de développement international (ACDI)



27 janvier 2010 à 9:44
Bonjour!
Je suis institutrice en France à Bordeaux. Je souhaite participer à un projet de développement de coopératives de coton en Afrique de l’Ouest.
Je pense à mon niveau à l’alphabétisation des membres de ces coopératives qui en auraient besoin.
Si vous connaissez des coopératives intéressées ou si vous connaissez des coopératives naissantes au Mali, Burkina, Niger…je vous serais reconnaissante de me donner leurs coordonnées…
Merci et plein de courage et de persévérance!!!
11 avril 2011 à 15:07
[...] http://hebdo.farmradio.org/2009/04/20/le-developpement-des-organisations-de-coton-au-mali-de-lassoci... [...]
11 avril 2011 à 16:01
[...] Le texte de Radios Rurales Internationales sur le coton, indiqué ci-après, a été publié dans Agro Radio Hebdo: -Le développement des organisations de coton au Mali: de l’association villageoise à la coopérative (ARH 62, avril 2009). http://hebdo.farmradio.org/2009/04/20/le-developpement-des-organisations-de-coton-au-mali-de-lassoci... [...]