Dans le quartier OCH de Pointe-Noire, la maison en planches de César Ibala, un maraîcher trentenaire, contraste avec les habitations en béton qui l’entourent. Pourtant, l’ameublement d’intérieur est à l’égal de celui des maisons de hauts fonctionnaires. Salon en simili-cuir, téléviseur, table en bois d’okoumé, réfrigérateur… C’est grâce au maraîchage que César Ibala réussit à mener ce train de vie.
M. Ibala exploite un terrain acheté il y a vingt ans par son frère. Située au bord de la Tchinouka, une rivière qui traverse la ville de Pointe-Noire, la parcelle était en proie à des inondations. À chaque fois qu’il pleuvait, César et sa famille avaient toujours les pieds dans l’eau. C’est pourquoi ils se sont installés deux cents mètres plus loin. Mais faire de l’agriculture sur ce terrain inondable n’était pas gagné. La tendance dans tout le pays est de vendre les terrains situés dans des vasières et des zones inondables.
Rojas Boulingui et sa famille vivaient à cinq mètres de la rivière Songolo. Il explique : « En janvier 2007, suite à une très forte pluie, les eaux ont envahi notre maison. La famille a ainsi décidé de liquider la parcelle. » Aujourd’hui, M. Boulingui et sa famille vivent en location.
Pour sa part, le frère de César voulait vendre le terrain à cause des multiples inondations, mais M. Ibala a refusé. Il se dit convaincu que la richesse vient de la terre. « La meilleure rentabilisation de la terre, c’est l’exploitation agricole », souligne-t-il. « C’est pourquoi, poursuit-il, j’avais opté pour la culture des endives, des tomates, des choux et d’autres légumes, sur le terrain de mon grand frère. » Aujourd’hui, toute la famille se félicite des revenus issus du maraîchage fait sur la parcelle.
Contrairement à M. Ibala, les jeunes de Pointe-Noire rêvent de travailler dans des entreprises pétrolières, considérées comme des creusets de la richesse et donc de la réussite sociale. Ils considèrent l’agriculture comme une sale besogne réservée aux moins lettrés. Même ceux qui ont étudié l’agronomie songent à changer d’activité. C’est le cas d’Alain Malonga. Il est étudiant au lycée agricole public de Brazzaville. Il rêve de s’exiler en France pour étudier l’économie. Il dit : « Après mon Bac en machinisme agricole, je vendrai notre parcelle et j’irai en France pour apprendre un métier décent… tout simplement parce que l’agriculture ne paie pas chez nous. »
M. Ibala se montre donc décomplexé face à ses collègues qui exercent les métiers dits luxueux. Il gagne bien sa vie et ses enfants vont dans les meilleures écoles. Il explique : « En vendant au moins 500 kilogrammes de légumes par mois pendant la saison sèche… je boucle le mois avec près de 300 000 francs CFA (environ 600 dollars américains). Un montant difficile à atteindre quand on est fonctionnaire ». Le salaire minimum au Congo est fixé à 50 000 francs CFA par mois (environ 91 dollars américains).
Mais tout est loin d’être rose pour M. Ibala. En raison de l’impraticabilité de sa parcelle pendant la saison des pluies (octobre à juin), il développe ses activités à plus de 5 kilomètres en dehors de la ville où il loue un terrain. Comme d’autres maraîchers, il dit être confronté à la difficulté de l’accès aux espaces agricoles, du fait de la cherté des terrains imposée par les propriétaires terriens. Il rêve de devenir un grand exploitant agricole. « Pourvu, dit-il, que l’État et les bailleurs de fonds s’investissent en connaissance de cause dans la promotion de l’agriculture ».